Chemin Sainte-Foy vers 1951

Chemin Sainte-Foy vers 1951
1951 Boucherie Bégin et les commerces avoisinants. Il s'agit d'une photographie représentant la boucherie Bégin située au 900, chemin Sainte-Foy, entre les avenues Saint-Sacrement et Marguerite-Bourgeoys. On y voit également les commerces avoisinants, dont la lingerie Leduc. Le cliché a été pris en direction nord. Fonds : Ville de Québec. Cote : Q-C1-14-N002934

mardi 19 décembre 2017

Les grandes résidences le long du chemin Sainte-Foy

Cet article est le deuxième d'une série de six recherches commandées à Rémi Guertin, Ph. D. Géographe, dans le cadre d'un Projet d'initiative du Conseil de quartier Saint-Sacrement et grâce au soutien financier du Conseil d'arrondissement de la Cité Limoilou.



Le développement de Québec vers l’ouest ne sera pas le fait d’une avancée progressive du front urbain, mais plutôt le fait de vagues successives lors desquelles l’urbanisation fera parfois des sauts dans l’espace. Ces vagues se lisent aisément le long du chemin Sainte-Foy, pour qui est moindrement attentif aux fluctuations architecturales de son paysage. À ce titre, le chemin Sainte-Foy peut être vu comme une sorte de parcours d’archéologie urbaine le long duquel se révèlent les différentes strates de l’urbanisation de Québec (Guertin, 2011; 2015). Le Chemin Sainte-Foy, dans cette perspective, disposerait d’une dimension patrimoniale. 


Dès les premiers jours de la ville, de riches marchands vont s’installer à distance de la ville fortifiée, comme Pierre Puiseaux qui s’était fait bâtir, après 1637, une résidence qualifiée de « "bijou du pays" » (DBC, 1966, 570). De son côté, Jean Bourdon, l’arpenteur qui a tracé la nouvelle ville de Québec, vraisemblablement sur le modèle de Valetta (Guertin, 2011), occupait une vaste résidence du côté du chemin Sainte-Foy (LeMoine, 1885). Ainsi, tout au long du régime français, l’élite locale se fait concéder de vastes domaines à l’ouest de Québec.

Au lendemain de la conquête, les Britanniques vont reprendre plusieurs de ces domaines, parfois délaissés par une élite qui retourne en France. Ce désir britannique de s’installer à distance de la ville prendrait sa source dans l’esprit d’une époque bercée par les idéaux véhiculés par la philosophie des Lumières. Rappelons par exemple, très schématiquement, les positions d’un Jean-Jacques Rousseau à l’égard de l’importance de la nature sur la psyché humaine ainsi que ses positions sur une éducation devant être donnée à l’abri des influences de la civilisation (pour ne pas dire loin de la ville). Cette élite britannique est en quelque sorte mobilisée, sinon emportée, par des valeurs préromantiques. Ainsi, là où la terre, sous le régime français, exprimait une hiérarchie sociale organisée à partir du Roy, les mêmes propriétés, en raison d’un nouveau contexte social, deviennent l’expression d’un individualisme en émergence (Mélançon, 1997). Il est à noter toutefois, comme le souligne Yves Mélançon, qu’avec le régime britannique, le paysage de cette proche campagne ne change guère; il faudra attendre le phénomène de la villa pour qu’il commence à se transformer (idem, 77).

Cette villa incarne les valeurs d’un individualisme apparu à partir de la Renaissance, un individualisme qui se généralise avec le XIXe siècle et qui va, entre autres choses, s’appuyer sur la propriété privée pour s’exprimer; la distance entre la ville et la villa prend alors une nouvelle signification (Bazin, 1968; Mathieu et Kedl, 1993; Mélançon, 1997; Guertin, 2011). Mieux encore, cette élite va vraisemblablement manifester une préférence pour le promontoire en raison de sa capacité à soutenir (au propre comme au figuré) cet individualisme : l’unicité du promontoire aurait eu la capacité de suggérer l’unicité de ces (ses) propriétaires (Guertin, 2011). Autrement dit, cette évasion vers la proche campagne n’aurait pas été le fait d’un désir de s’éloigner des turbulents faubourgs — ce ne sont pas tant les faubourgs qui menacent que le regard qu’on porte sur eux qui change (Turcotte, 1979) — que le fait d’une aspiration à vivre conformément à des idéaux véhiculés par les arts et la littérature. Plus tard, dans le siècle, une bourgeoisie marchande — des nouveaux riches? — aura tendance à imiter cette élite retranchée en campagne depuis le début du XIXe siècle. Notons au passage certains indices qui laissent entrevoir une différence culturelle entre certains groupes sociaux : pendant que l’élite britannique se réfugiait dans la proche campagne, l’élite marchande d’origine écossaise aurait préféré s’installer intra-muros (Guertin, 2011).


Il est intéressant de souligner l’impact urbanistique de ces grands domaines sur le devenir de la haute-ville : de façon générale, ils seront remplacés par des institutions et des projets d’envergures — tours de copropriétés, banlieues pavillonnaires cossues — tandis que les anciennes fermes auront eu tendance à accueillir des projets domiciliaires plus modestes (banlieues isomorphes, plex, etc.). Dans cette perspective, Jacques Delisle aura utilisé l’expression de « réserves foncières » pour désigner ces grands domaines (1981, 141). En d’autres termes, l’étalement urbain des années 1950, qui peut être en bonne partie associé à l’axe monumental de Québec, ne s’est pas fait seulement au hasard des terrains achetés par des promoteurs; il est également le fait d’un cadastre hérité d’une autre époque qui a servi d’assises à une élite qui cherchait à exprimer, par la propriété, des valeurs, des espérances, une vision du monde et sa place dans ce dernier. Le Samuel-Holland, qui a été bâti en lieu et place d’un ancien domaine, vient spontanément en tête. Plus à l’ouest, un domaine ayant appartenu aux frères de la Saint-Vincent-de-Paul est sur le point d’être transformé en copropriétés.


Il est intéressant de souligner un phénomène assez unique dans l’histoire de Québec, un phénomène qui va se manifester également dans Saint-Sacrement : de nombreuses communautés religieuses vont profiter de la marginalisation continentale de Québec (c. 1875 - 1900) pour acquérir des domaines de l’ouest. Les raisons ayant mené à ce choix de localisation géographique ne sont pas claires. D’une part, il est possible que de nombreuses communautés se soient senties à l’étroit dans les vieux murs. D’autre part, elles ont peut-être anticipé le développement de Québec vers l’ouest, voyant l’achat de ces domaines comme un investissement. Ou alors, dans certains cas, se cherchaient-elles des domaines suffisamment vastes pour pouvoir y pratiquer l’agriculture et ainsi s’assurer d’une indépendance tout en disposant des moyens de souvenir leurs œuvres? Bref, les communautés religieuses ont effectué un mouvement d’évasion qui mériterait d’être étudié (Guertin, 2011).


Dans le quartier Saint-Sacrement, nous pouvons nommer spontanément l’ancienne villa Rosewood, acquise par les Sœurs de la Congrégation Notre-Dame en 1864, où elles vont ériger le collège Notre-Dame-de-Bellevue. De même, les Sœurs du Bon-Pasteur auraient occupé, à une époque, la villa Broad Green, jadis située sur le chemin Sainte-Foy (Patri-Arch, 2006). À l’est de Belvédère, les Jésuites vont acquérir la villa Téviot (centre hospitalier Courchesne) qu’ils vont rebaptiser villa Manrèse.




En 1921, ils déménagent de l’autre côté de la rue et occupent la villa Hamwood, elle aussi baptisée Manrèse. « Située au 630 chemin Sainte Foy » la villa Hamwood sera agrandie à cinq reprises entre 1921 et 1976 » (Turcotte, non daté).



Soulignons au passage que les communautés religieuses vont généralement conserver la villa — Rosewood sera démolie! — et l’intégrer à leurs couvents par agrandissement (Ville de Québec, 1988). La villa Bijou serait un exemple de ce modus operandi, laquelle fut acquise par les sœurs de Saint-Joseph–Saint-Vallier (Ville de Québec, 1988).





Ces grandes propriétés étaient avant tout des résidences privées et se faisant, leur histoire demeure tout autant… privée. Toutefois, à une autre époque, les journaux se faisaient le relais des activités mondaines, ce qui nous permet d’avoir un aperçu des activités quotidiennes que pouvaient accueillir ces vastes propriétés. Alors voici les toutes dernières nouvelles de la décennie… 1880 relativement à Morton Lodge!



Morton Lodge était à cette époque un lieu de rendez-vous des raquetteurs de Québec. En effet, et selon l’Électeur du jeudi 12 février 1885, le samedi suivant, madame Joly (la dame des lieux?) conviait les membres du club de raquette de Québec à venir chez elle se réchauffer. L’activité fut renouvelée au moins une autre fois puisque le club de raquettes Québec a convié le club de raquette de l’Union commercial à réveillonner à Morton Logde le 2 février 1888. En 1894, Morton Logde fut acquise par un certain Carrier, « marchand de farine en gros », pour le prix de 5 000 $. Cette propriété fut peut-être endommagée par un incendie ou tout simplement démolie puisque le Courrier du Canada précise que « M. Carrier commencera dès la semaine prochaine la construction d’un cottage pour remplacer Morton Lodge et en faire sa résidence ».


Rémi Guertin Ph.D.
géographe



Références


Le Courrier du Canada du vendredi 9 mars 1894 (http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2541496).

Delisle, Jacques (1981), Morphologie urbaine et tenures foncières à Sainte-Foy et Sillery. Mémoire de deuxième cycle, Québec, Université Laval.

Dictionnaire biographique du Canada (1966), George W. Brown, Marcel Trudel et André Vachon, Québec et Toronto, Presses de l'Université Laval et University of Toronto Press.

L'Électeur du jeudi 12 février 1885 (http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2514449).

L'Électeur du samedi 28 janvier 1888 (http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2515377).

(2015), Clin d'œil sur cinq quartiers de Québec. Québec, éditions GID.

Guertin, Rémi (2011), Québec, la capitale sans ville. Trois-Pistoles, Éditions Trois-Pistoles.

Lemoine, J.M. (1885?), Monographies et esquisses. Québec, Le Nouvelliste éditeur. Disponible en ligne sur le site de la BANQ : http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2022934.

Mathieu, Jacques et Eugen Kedl (1993, sdr), Les plaines d’Abraham: le culte de l’idéal. Québec, éditions du Septentrion.

Mélançon, Yves (1997), L'aménagement des Parcs des Champs de Bataille et Victoria à Québec: une hypothèse structurale. Thèse de troisième cycle, Québec, Université Laval.

Patri-Achr (2006), Évaluation patrimoniale des couvents, monastères et autres propriétés de communautés religieuses situés sur le  territoire  de  la  ville  de  Québec. Rapport synthèse. Entente de développement culturel entre la Ville de Québec et le ministère de la Culture et des Communications, Québec.

Turcotte, Gilles (non daté), « La présence jésuite à Québec du 17e siècle à nos jours », article paru sur le Brigand, blogue du site de la Province du Canada français et d’Haïti de la Compagnie de Jésus. Site consulté en décembre 2017 à http://www.jesuites.org/Brigand494-3.htm.

Turcotte, Marc-André (1979), Éléments d'analyse de la notion d'espace, thèse de troisième cycle, Université de Montréal.

Ville de Québec (non daté), Avenue de Manrèse, fiche toponymique consultée sur le site de la Ville de Québec en décembre 2017 à https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/patrimoine/toponymie/repertoire/fiche.aspx?IdFiche=931.


Iconographie

Collection de cinq cartes de la région de Québec illustrant quelques villas localisées entre la rue Belvédère et la rue Holland.
H. S., Sitwell et William Francis Drummond (1867), Contoured plan of the environs of Quebec, Canada East, surveyed in 1865-6 under the direction of Lieut. H. S. Sitwell, R. E. and under the superintendence of Lieut. Col. Wm. F. Drummond Jervois,R. E., C. B., Southampton, Ordnance Survey Office (http://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/details/52327/2244440?docref=4O6tD8Xrln5ocwuab4k9Dg).

Livernois, J. Ernest (1865), Morton Lodge. Photographie déposée à la BANQ (http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/1958666).

Livernois, J. Ernest (1865), Bijou. Photographie déposée à la BANQ (http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/1958665). Bijou était une villa localisée à l’est de Belvédère.

Villa Manrèse Québec, Maison de retraites. Montréal : Hélio-Brome Beauchemin. Carte postale  déposée à la BANQ, http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/2247591. Cette carte postale montre la villa Teviot à l’époque où les Jésuites l’utilisent comme maison de retraite. La villa a peu changé par rapport au bâtiment construit par Richard Cassell en 1849-50 (Ville de Québec, 1987).

Villa Manrèse : façade. Carte postale montrant la Villa Manrèse entre 1921 et 1936, déposée à la BANQ (http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/1952081). Il s’agit de la seconde Villa Manrèse, occupée par les Jésuites à partir de 1921 sur l’ancien domaine Hamwood. Comme la villa a été agrandie par les Jésuites à plusieurs reprises, il est possible que le corps central du bâtiment corresponde à celui de la villa Hamwood.


Couvent des S.S. de St-Joseph de St-Vallier (192?). Carte postale. A. Papeghin éditeur, Paris. Déposée aux archives de la BANQ (http://collections.banq.qc.ca/ark:/52327/1951206).

lundi 4 décembre 2017

Avant le Cégep Garneau

Cet article est le premier d'une série de six recherches commandées à Rémi Guertin, Ph. D. Géographe, dans le cadre d'un Projet d'initiative du Conseil de quartier Saint-Sacrement et grâce au soutien financier du Conseil d'arrondissement de la Cité Limoilou.



Introduction

L’université Laval a été fondée en 1852 par le Séminaire de Québec et endossée par un décret de la reine Victoria, lequel permet à la nouvelle institution de « conférer des degrés » (Université Laval, non daté).  Trois facultés occupent alors un bâtiment neuf, construit dans le Vieux-Québec : le droit, la médecine et les arts. Toutefois, l’enseignement d’un nombre croissant de disciplines et l’augmentation subséquente du nombre d’étudiants font en sorte qu’avec le début du XXe siècle, l’université peine à loger l’ensemble de ses activités à l’intérieur des vieux murs (Leclerc, 2013). C’est dans ce contexte que le Séminaire décide, en 1918, de relocaliser certaines facultés en dehors de la vieille ville, et plus précisément dans ce qui deviendra le quartier Saint-Sacrement.  Ce choix fait émerger la question suivante : pourquoi avoir ciblé Saint-Sacrement quand le Séminaire pouvait installer l’université à peu près n’importe où, les territoires à l’ouest de Québec étant, pour l’essentiel, qu’une vaste campagne?

Une occasion foncière?

Dès la première décennie du siècle, des promoteurs immobiliers et fonciers se positionnent dans ce qui deviendra les quartiers Montcalm et Saint-Sacrement : Montcalm Land (1909), Quebec Park (1910), Dandurand Land Co. (1913), pour n’en nommer que trois. 


Il appert que ces entreprises ont été attirées non seulement par la perspective de voir Québec déborder vers l’ouest, mais également par le développement du parc industriel Saint-Malo, qui s’étend aux pieds de la côte Saint-Sacrement; on espère à cette époque que les ouvriers vont opter pour des résidences situées en haut.  D’ailleurs, la compagnie Dandurand Land Co. (du nom de son ancien propriétaire W.-H. Dandurand) lance un chantier d’une trentaine de résidences, avec un soutien financier de la Ville rendu possible par la « loi sur le logement ouvrier » (Patri-Arch, 2012, 25). Toutefois, la Dandurand Land Co. éprouve des difficultés et c’est auprès du Séminaire qu’elle trouve un appui, faisant du Séminaire son créancier (Vallières, 2003). En 1920, le Séminaire devient propriétaire de ce vaste terrain. Ainsi, une occasion foncière serait à l’origine de ce choix pour Saint-Sacrement. Autrement dit, en cherchant un terrain pour relocaliser certaines facultés, le Séminaire a fini par trouver un promoteur à la recherche d’une aide financière; le reste de l’histoire ayant en quelque sorte précipité le choix de Saint-Sacrement.

La construction de trois bâtiments universitaires

En juin 1922, « le Séminaire forme un comité de construction » (Ville de Québec, 1988, 69) pour encadrer le chantier de l’École de Chimie, dont les fondations sont coulées en 1923. Le bâtiment, influencé par le courant Beaux-Arts, est inauguré en 1925; il est l’œuvre des architectes Bergeron et Lemay (idem, 70). Le Séminaire aura déboursé environ 400 000 $ pour construire l’École de Chimie, une somme qu’il a pu avancer grâce à une campagne de financement nommée « Aide à Laval », à laquelle participe l’État québécois (Vallières, 2003, 29). 

https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/patrimoine/patrimoine_urbain/fiche.aspx?fiche=20530

École de Chimie

L’École des Mines, bâtie aux côtés de l’École de Chimie, est fondée en 1938; le chantier s’étire de 1939 à 1941, année où le bâtiment est inauguré. L’École des Mines, elle aussi d’inspiration Beaux-Arts, est l’œuvre des architectes Joseph-Siméon Bergeron et Paul Rousseau (Patri-Arch, 2012; Noppen et Morisset, 1998).    

https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/patrimoine/patrimoine_urbain/fiche.aspx?fiche=20528

École des Mines


École des Mines

Au sous-sol de l'École des Mines


En 1948, le campus de Saint-Sacrement accueille le pavillon Monseigneur-Vachon — aujourd’hui le pavillon Simone-Monet-Chartrand — qui sert aux professeurs et aux étudiants. Il est pour sa part d’inspiration Art déco (Ville de Québec, 1988).

https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/patrimoine/patrimoine_urbain/fiche.aspx?fiche=20529

La présence de ces bâtiments institutionnels a probablement eu un impact sur la qualité du cadre bâti des rues environnantes. De même, la rue de Vimy aurait possiblement été conçue comme une entrée monumentale menant au campus, d’où ce terre-plein qui lui donne des airs de majesté. Elle se trouve aujourd’hui à rappeler, pour ainsi dire, les anciens projets du Séminaire. Soulignons au passage que la rue de Vimy, dont le nom a été adopté par le conseil municipal en novembre 1921, commémore la  Bataille de la crête de Vimy (Roy, 1932, 211).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_la_crête_de_Vimy


Avenue de Vimy, vers 1940


L’abandon de Saint-Sacrement et l’avènement du Collège F.-X.-Garneau

Avec le début des années 1940 émerge le projet d’un grand séminaire. Regardant du côté de Saint-Sacrement, il est clair que l’espace n’est pas suffisant pour y accueillir une telle institution. De plus, une nette préférence se dessine en faveur d’un regroupement en un même lieu du Grand Séminaire et de l’université. En 1942, « le Séminaire acquiert la propriété Brophy [...] puis, à l’instigation du supérieur du Grand Séminaire, Ernest Lemieux, jette son dévolu sur une partie de celle adjacente des Frères des Écoles chrétiennes s’étendant jusqu’au chemin du Vallon pour accueillir le reste de l’université » (Vallières, 2003, 30). C’est ainsi, dans un effort de regroupement de ses activités, que le Séminaire a finalement aménagé l’université Laval à Sainte-Foy. En 1962, le Séminaire vend les trois bâtiments du campus de Saint-Sacrement au ministère des Travaux publics (Patri-Arch, 2012, 26).



En haut, à droite, vue des Écoles des Mines et celle de Chimie
de l'Université Laval, vers 1985

En haut, à gauche, l'École des Mines et celle de Chimie
de l'Université Laval, vers 1948


En haut, à gauche, l'École des Mines et celle de Chimie
de l'Université Laval, vers 1948


Le Collège François-Xavier-Garneau est créé en 1969 par la fusion du Collège des Jésuites, de l’École normale Mérici et de l'École normale Laval.  Rappelons que l’École normale Laval formait les professeurs qui allaient enseigner dans les écoles primaires et secondaires. L’École normale Laval sera logée un temps dans le Séminaire, pour être ensuite déménagée dans l’ancienne villa de Guillaume-Eugène Chinic (aujourd’hui l’école Joseph-François-Perrault), laquelle fut rapidement agrandie pour accueillir l’ensemble des activités de l’École normale.


L'École Normale Laval, vers 1943

À la fin des années  1950, l’École normale Laval intègre de nouveaux locaux situés sur le boulevard de l’Entente. Pour sa part, le collège Garneau est initialement installé dans le Collège des Jésuites (boulevard René-Lévesque) avant d’être installé dans le bâtiment de l’École Normale Laval. Enfin, le cégep fera l’acquisition des bâtiments du boulevard l’Entente (CÉGEP Garneau, non daté).



L'École Normal Laval, vers 1957



Le paysage de Saint-Sacrement porte ainsi les traces d’anciens projets éducatifs qui ont eu tendance à canaliser l’avènement d’activités plus récentes; les formes qui caractérisent un quartier ayant une incidence sur son évolution.




Recherche et rédaction
Rémi Guertin Ph.D.
Géographe

Cet article a été rendu possible grâce au programme des projets d'initiatives des conseils de quartier de la Ville de Québec.


Références

CÉGEP Garneau (non daté), Profil de l’institution. Origine. site officiel (https://www.cegepgarneau.ca/cegep/institution).

Huguette Filteau et Jean Hamelin, « CHINIC, GUILLAUME-EUGÈNE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003, consulté le 22 nov. 2017.

Noppen, Luc et Lucie K. Morisset (1998), Québec, de roc et de pierres. Québec, Commission de la capitale nationale de Québec et Éditions MultiMondes.

Patri-Arch (2012), Inventaire du patrimoine bâti des quartiers de Sainte-Foy, Sillery et Saint-Sacrement à Québec. Synthèse architecturale et patrimoniale. Étude réalisée dans le cadre de l’Entente de développement culturel intervenue entre le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec et la Ville de Québec (https://www.ville.quebec.qc.ca/apropos/participation-citoyenne/conseils_quartier/saintsacrement/Visualiser.ashx?id=1438).

Richard Leclerc (2013), « Le campus de l’Université Laval : lieu de modernisation d’une institution universitaire catholique et du Québec. » Études d’histoire religieuse 792 (2013) : 41–54. DOI : 10.7202/1018593ar (https://www.erudit.org/en/journals/ehr/2013-v79-n2-ehr0833/1018593ar.pdf).

Roy, Pierre-Georges (1932), Les rues de Québec. Lévis (http://www.ourroots.ca/page.aspx?id=692821&qryID=aeedae8b-8123-42e7-8de6-310735a4d8b9).

Vallières, Marc (2003), « L’enracinement dans la capitale et sa région », Cap-aux-Diamants, Numéro 72, hiver 2003. Les Éditions Cap-aux-Diamants inc., pp. 27-31. URI : id.erudit.org/iderudit/7426ac (https://www.erudit.org/en/journals/cd/2003-n72-cd1045251/7426ac.pdf).

Ville de Québec (1988), Montcalm Saint-Sacrement. Nature et architecture : complices dans la ville. Québec, Ville de Québec.

Université Laval (non daté), L’origine et histoire. Site officiel de l’Université Laval.  https://www.ulaval.ca/notre-universite/a-propos-de-lul/lorigine-et-lhistoire.html

Pour aller plus loin :

Dinel, G. (2003). « Au fil des événements : De petits pas vers une grande université ». Cap-aux-Diamants, (72), 82–90

Hamelin, Jean (1995), Histoire de l'Université Laval : les péripéties d'une idée. Sainte-Foy, Presses de l’université Laval (http://www.ourroots.ca/page.aspx?id=445790&qryID=d06343ba-42b7-45fe-a831-c305de18db9a).

Historica Canada (2103), article Université Laval; http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/universite-laval/

Vedettes, 1952. Le fait français au Canada , Première édition, Montréal, Société nouvelle de publicité, 1953, 717p., pp. 536-538

Références iconographie

Façade de l'école de Chimie, vers 1930, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Fonds L'Action catholique, cote : P428,S3,SS1,D13,P11-3.  

Façade de l'école des Mines de l'Université Laval, 1941. Archives de la Ville de Québec; fonds de René Bureau; négatif : P050-4-N018982.  https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/recherche/archive.aspx?aid=28684

Façade arrière de l'école des Mines de l'Université Laval, 1942. Archives de la Ville de Québec; fonds René Bureau; négatif : P050-4-N018978.  https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/recherche/archive.aspx?aid=23845 

Local du sous-sol de l'école des Mines, 1952 ou 1953.  Archives de la Ville de Québec; Fonds de René Bureau; négatif :   P050-4-N018992.   https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/recherche/archive.aspx?aid=23650

Paroisse St-Sacrement. Québec. Quartier résidentiel [rue de Vimy], ca. 1940. Archives de la Ville de Québec; collection iconographique de la Ville de Québec; négatif CI-N010749.  https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/recherche/archive.aspx?aid=9667.

Vue aérienne de Saint-Sacrement, ca 1985. Archives de la Ville de Québec; fonds Ville de Québec; négatif Q-C5-IC-N029392.  https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/recherche/archive.aspx?aid=26780. Le campus de l’université Laval se devine dans la partie supérieure droite de la photo.

Vue aérienne du quartier Saint-Sacrement, 1948. Archives de la Ville de Québec; fond W. B. Edwards Inc.; négatif : P012-N023750.   https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/recherche/archive.aspx?aid=12046  Le campus de l’université Laval se devine dans le coin supérieur gauche de la photo.

Vue aérienne de la paroisse Saint-Sacrement, 1948. Archives de la Ville de Québec; fond W. B. Edwards Inc., négatif : P012-N023768. URL: https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/recherche/archive.aspx?aid=18400#. Il est étonnant de voir comment Québec, à cette époque pas si lointaine, était encore une vaste campagne.

Wikipédia (non daté), École normale Laval. Neuville Bazin - BAnQ, Fonds MCC, E6,S7,SS1,P15605. Si consulté en novembre 2017.

École normale Laval (1957), Relation des fêtes du centenaire de l'École normale Laval : 1857-1957.

Nouvelle école normale Laval. « Photo de la nouvelle école, sise sur le boulevard de l’Entente », page 68.

lundi 6 novembre 2017

La villa Rosewood


La villa Rosewood qui deviendra Le Petit Bellevue
Source:  Amicale Notre-Dame du Bon Conseil:  15ième anniversaire, 1929-1944
www.ourroots.ca

James Gibb, né en Écosse en 1799, arriva à Québec en 1814 et s'engagea  à titre de commis chez William Torrance, marchand de produits alimentaires et de boissons alcooliques, où il apprit les rudiments du commerce.  Il épousa d'ailleurs sa soeur, Marion Torrance, en 1822 et ensemble, ils eurent neuf enfants.  À la fin des années 1830, James Gibb était devenu un des plus importants marchands de Québec avec son frère Thomas.  En 1844, James Gibb vendit ses parts, quelques entreprises et plusieurs propriétés pour former une nouvelle compagnie avec son neveu, John Ross, où il travailla jusqu'à sa mort en 1858.  La Gibb and Ross était reconnue comme la plus importante firme importatrice de vins et denrées de Québec dans les années 1850.  Entretemps, James Gibb était devenu vice-président de la Banque de Québec en 1832 puis président de 1842 jusqu'à sa mort.

C'est en 1828 que James Gibb achète lors d'une vente après saisie un premier lot sur le chemin Sainte-Foy qui comprend une maison et des bâtiments de ferme.  Puis en 1831, il acquiert un deuxième lot à l'ouest du premier borné par l'actuelle avenue Madeleine-de-Verchères.  Finalement en 1845, il se porte acquéreur du troisième lot du côté sud lui permettant de relier sa propriété de chemin Sainte-Foy jusqu'au chemin Gomin.  Le domaine Bellevue était ainsi completé.

Lors du recensement de 1831, James Gibb habite son domaine.  Le recenseur note que quinze personnes habitent la maison dont deux enfants en bas âge.  Il note aussi que la superficie du domaine est de 132 acres dont 80 sont cultivées.


Source:  Bibliothèque et Archives Canada
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Trois ans plus tard, en 1848, James Gibb échange son domaine du chemin Sainte-Foy à son frère Thomas contre la propriété Woodfield du chemin Saint-Louis.

Au recensement de 1851, effectivement c'est Thomas Gibb qui habite le domaine Bellevue avec sa femme et un jeune homme, James Lawson Gibb, âgé de 12 ans, possiblement son neveu.  Mais ce que le recenseur inscrit en complément sur le recensement est inédit.  Il décrit le domaine Bellevue tel qu'il le voit en 1851.


Source:  Bibliothèque et Archives Canada


Traduction libre:

Belvue. -  L'élégant domaine de Thomas Gibb Esqr. offre une vue spendide sur la vallée de la rivière Saint-Charles, au-delà de laquelle s'étend une plaine inhabitée jusqu'à la paroisse de Lorette,  Charlesbourg et  Beauport avec en arrière-plan les montagnes couvertes de pins exceptionnels à perte de vue.  -  La terre, sauf une très petite exception, est d'une excellente qualité et dans un état remarquable de culture.  


La serre est parmi les meilleures de la banlieue avec ses plantes rares, ses rosiers, ses arbustres fruitiers et ses fleurs.  Les avenues, clôtures, les maisons d'invités, les bâtiments de ferme défient toute concurrence.  Le fourage est d'une excellente qualité spécialement pour les moutons, les porcs et le bétail.  -   Il s'agit presque d'un parc à l'européenne, un domaine qui vous ramène en arrière et vous rappelle les paysages tellement différents des plaines du Canada!  -  En terminant, Monsieur Gibb est  un véritable gentleman et ses servantes et employés parlent de lui comme un homme charitable, gentil et bon maître.



En 1860, Thomas Gibb vend le domaine Bellevue à son neveu John Lawson Gibb.

Et finalement, le 15 septembre 1864, après que le domaine eut été mis en vente à l'encan, John Lawson Gibb le cède aux religieuses de la Congrégation Notre-Dame pour la somme de 5 000 livres soit l'équivalent de 20 000$ à l'époque.


The Quebec Mercury, 15 juin 1864
Avis public de vente à l'encan


Le domaine vendu s'étend du chemin Sainte-Foy jusqu'au chemin Gomin.  Il est borné à l'est par la terre de Nathaniel Taylor et à l'ouest par celle de William Hamilton.


Plan de Honorius Sisson Sitwell, vers 1867
Source:  BAnQ, cote Cote : P600,S4,SS2,D635,P12


On apprend dans cette publicité du Quebec Mercury que la villa est construite en pierres de taille, qu'il y a des maisons, également en pierres de taille pour les fermiers et les jardiniers, qu'il y a deux grands cottage de ferme et une glacière bien remplie.

On annonce également que seront vendues, dans la serre, une belle collection d'orangers, de camélias, d'acacias, de dahlias et de nombreux spécimens rares de plantes.

Voilà pourquoi sans doute la villa du domaine Bellevue portait le nom également de villa Rosewood !

Dans un article publié en 1858 dans la revue The Horticulturist and Journal of RuralArt et rural Taste, "A trip to Canada",  on dit du domaine Bellevue ce qui suit:

"Thomas Gibb, Esq., at Bellevue, occupies the place originally laid out by his brother James, and is in possession of a house with few compeers.  His garden is well taken care of, and eminently beautiful and successful, as are his graperies and green-houses, no less than his peach, nectarine and apricot house.  In describing the place, our kind cicerone might well say, « There is everything at Bellevue except dirt. »  The front view from the house is obstructed by shrubbery and trees, which if removed would add greatly to the effects.  Where lumber is so cheap as at Quebec, one need not wonder at the amount of outbuilding we find at all the first-class places.  They furnish sheltered occupation for the long winter months.  The best melons, conspicuous among which is the great Lisbon, and grapes were ripening under glass, the quantity of which is quite astonishing.  The drive of a mile or more into the grounds here, is through one of the best avenues in America.  It is planted with the native evergreens, white birch, mountain ash, and other good trees;  and the road being on excellent shale, it compares favorably with a noble drive in Europe.  We must not omit Mr. Gibb’s large collection of the choicest standard roses;  these are very superb and well-trained.  Many of the newer and rarer plants, described lately, are found here."


En 1912, la villa a été démolie.  Les pierres de taille de celle-ci ont servi aux fondations d'une nouvelle aile du collège Notre-Dame-de-Bellevue du côté ouest.  Ces pierres sont encore visibles.



1947
Source:  BAnQ, Fonds Canadian Pacific Air Lines Limited
Cote P690



1960
Travaux d'agrandissement du Collège Notre-Dame-de-Bellevue
Source:  Fonds W. B. Edwards inc.
Archives Ville de Québec cote P012-N023942




Recherche et rédaction:  Michel Jutras pour le Conseil de quartier Saint-Sacrement


Source:

Dictionnaire biographique du Canada, GIBB, JAMES, 1985, Pierre Poulin, http://www.biographi.ca/fr/bio/gibb_james_8F.html

125 ans d'histoire, le collège Notre-Dame-de-Bellevue, Yves Houde, Cap-aux-Diamants, vol. 4 no. 4, hiver 1990.