Chemin Sainte-Foy vers 1951

Chemin Sainte-Foy vers 1951
1951 Boucherie Bégin et les commerces avoisinants. Il s'agit d'une photographie représentant la boucherie Bégin située au 900, chemin Sainte-Foy, entre les avenues Saint-Sacrement et Marguerite-Bourgeoys. On y voit également les commerces avoisinants, dont la lingerie Leduc. Le cliché a été pris en direction nord. Fonds : Ville de Québec. Cote : Q-C1-14-N002934

lundi 4 décembre 2017

Avant le Cégep Garneau

Cet article est le premier d'une série de six recherches commandées à Rémi Guertin, Ph. D. Géographe, dans le cadre d'un Projet d'initiative du Conseil de quartier Saint-Sacrement et grâce au soutien financier du Conseil d'arrondissement de la Cité Limoilou.



Introduction

L’université Laval a été fondée en 1852 par le Séminaire de Québec et endossée par un décret de la reine Victoria, lequel permet à la nouvelle institution de « conférer des degrés » (Université Laval, non daté).  Trois facultés occupent alors un bâtiment neuf, construit dans le Vieux-Québec : le droit, la médecine et les arts. Toutefois, l’enseignement d’un nombre croissant de disciplines et l’augmentation subséquente du nombre d’étudiants font en sorte qu’avec le début du XXe siècle, l’université peine à loger l’ensemble de ses activités à l’intérieur des vieux murs (Leclerc, 2013). C’est dans ce contexte que le Séminaire décide, en 1918, de relocaliser certaines facultés en dehors de la vieille ville, et plus précisément dans ce qui deviendra le quartier Saint-Sacrement.  Ce choix fait émerger la question suivante : pourquoi avoir ciblé Saint-Sacrement quand le Séminaire pouvait installer l’université à peu près n’importe où, les territoires à l’ouest de Québec étant, pour l’essentiel, qu’une vaste campagne?

Une occasion foncière?

Dès la première décennie du siècle, des promoteurs immobiliers et fonciers se positionnent dans ce qui deviendra les quartiers Montcalm et Saint-Sacrement : Montcalm Land (1909), Quebec Park (1910), Dandurand Land Co. (1913), pour n’en nommer que trois. 


Il appert que ces entreprises ont été attirées non seulement par la perspective de voir Québec déborder vers l’ouest, mais également par le développement du parc industriel Saint-Malo, qui s’étend aux pieds de la côte Saint-Sacrement; on espère à cette époque que les ouvriers vont opter pour des résidences situées en haut.  D’ailleurs, la compagnie Dandurand Land Co. (du nom de son ancien propriétaire W.-H. Dandurand) lance un chantier d’une trentaine de résidences, avec un soutien financier de la Ville rendu possible par la « loi sur le logement ouvrier » (Patri-Arch, 2012, 25). Toutefois, la Dandurand Land Co. éprouve des difficultés et c’est auprès du Séminaire qu’elle trouve un appui, faisant du Séminaire son créancier (Vallières, 2003). En 1920, le Séminaire devient propriétaire de ce vaste terrain. Ainsi, une occasion foncière serait à l’origine de ce choix pour Saint-Sacrement. Autrement dit, en cherchant un terrain pour relocaliser certaines facultés, le Séminaire a fini par trouver un promoteur à la recherche d’une aide financière; le reste de l’histoire ayant en quelque sorte précipité le choix de Saint-Sacrement.

La construction de trois bâtiments universitaires

En juin 1922, « le Séminaire forme un comité de construction » (Ville de Québec, 1988, 69) pour encadrer le chantier de l’École de Chimie, dont les fondations sont coulées en 1923. Le bâtiment, influencé par le courant Beaux-Arts, est inauguré en 1925; il est l’œuvre des architectes Bergeron et Lemay (idem, 70). Le Séminaire aura déboursé environ 400 000 $ pour construire l’École de Chimie, une somme qu’il a pu avancer grâce à une campagne de financement nommée « Aide à Laval », à laquelle participe l’État québécois (Vallières, 2003, 29). 

https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/patrimoine/patrimoine_urbain/fiche.aspx?fiche=20530

École de Chimie

L’École des Mines, bâtie aux côtés de l’École de Chimie, est fondée en 1938; le chantier s’étire de 1939 à 1941, année où le bâtiment est inauguré. L’École des Mines, elle aussi d’inspiration Beaux-Arts, est l’œuvre des architectes Joseph-Siméon Bergeron et Paul Rousseau (Patri-Arch, 2012; Noppen et Morisset, 1998).    

https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/patrimoine/patrimoine_urbain/fiche.aspx?fiche=20528

École des Mines


École des Mines

Au sous-sol de l'École des Mines


En 1948, le campus de Saint-Sacrement accueille le pavillon Monseigneur-Vachon — aujourd’hui le pavillon Simone-Monet-Chartrand — qui sert aux professeurs et aux étudiants. Il est pour sa part d’inspiration Art déco (Ville de Québec, 1988).

https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/patrimoine/patrimoine_urbain/fiche.aspx?fiche=20529

La présence de ces bâtiments institutionnels a probablement eu un impact sur la qualité du cadre bâti des rues environnantes. De même, la rue de Vimy aurait possiblement été conçue comme une entrée monumentale menant au campus, d’où ce terre-plein qui lui donne des airs de majesté. Elle se trouve aujourd’hui à rappeler, pour ainsi dire, les anciens projets du Séminaire. Soulignons au passage que la rue de Vimy, dont le nom a été adopté par le conseil municipal en novembre 1921, commémore la  Bataille de la crête de Vimy (Roy, 1932, 211).

https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_la_crête_de_Vimy


Avenue de Vimy, vers 1940


L’abandon de Saint-Sacrement et l’avènement du Collège F.-X.-Garneau

Avec le début des années 1940 émerge le projet d’un grand séminaire. Regardant du côté de Saint-Sacrement, il est clair que l’espace n’est pas suffisant pour y accueillir une telle institution. De plus, une nette préférence se dessine en faveur d’un regroupement en un même lieu du Grand Séminaire et de l’université. En 1942, « le Séminaire acquiert la propriété Brophy [...] puis, à l’instigation du supérieur du Grand Séminaire, Ernest Lemieux, jette son dévolu sur une partie de celle adjacente des Frères des Écoles chrétiennes s’étendant jusqu’au chemin du Vallon pour accueillir le reste de l’université » (Vallières, 2003, 30). C’est ainsi, dans un effort de regroupement de ses activités, que le Séminaire a finalement aménagé l’université Laval à Sainte-Foy. En 1962, le Séminaire vend les trois bâtiments du campus de Saint-Sacrement au ministère des Travaux publics (Patri-Arch, 2012, 26).



En haut, à droite, vue des Écoles des Mines et celle de Chimie
de l'Université Laval, vers 1985

En haut, à gauche, l'École des Mines et celle de Chimie
de l'Université Laval, vers 1948


En haut, à gauche, l'École des Mines et celle de Chimie
de l'Université Laval, vers 1948


Le Collège François-Xavier-Garneau est créé en 1969 par la fusion du Collège des Jésuites, de l’École normale Mérici et de l'École normale Laval.  Rappelons que l’École normale Laval formait les professeurs qui allaient enseigner dans les écoles primaires et secondaires. L’École normale Laval sera logée un temps dans le Séminaire, pour être ensuite déménagée dans l’ancienne villa de Guillaume-Eugène Chinic (aujourd’hui l’école Joseph-François-Perrault), laquelle fut rapidement agrandie pour accueillir l’ensemble des activités de l’École normale.


L'École Normale Laval, vers 1943

À la fin des années  1950, l’École normale Laval intègre de nouveaux locaux situés sur le boulevard de l’Entente. Pour sa part, le collège Garneau est initialement installé dans le Collège des Jésuites (boulevard René-Lévesque) avant d’être installé dans le bâtiment de l’École Normale Laval. Enfin, le cégep fera l’acquisition des bâtiments du boulevard l’Entente (CÉGEP Garneau, non daté).



L'École Normal Laval, vers 1957



Le paysage de Saint-Sacrement porte ainsi les traces d’anciens projets éducatifs qui ont eu tendance à canaliser l’avènement d’activités plus récentes; les formes qui caractérisent un quartier ayant une incidence sur son évolution.




Recherche et rédaction
Rémi Guertin Ph.D.
Géographe

Cet article a été rendu possible grâce au programme des projets d'initiatives des conseils de quartier de la Ville de Québec.


Références

CÉGEP Garneau (non daté), Profil de l’institution. Origine. site officiel (https://www.cegepgarneau.ca/cegep/institution).

Huguette Filteau et Jean Hamelin, « CHINIC, GUILLAUME-EUGÈNE », dans Dictionnaire biographique du Canada, vol. 11, Université Laval/University of Toronto, 2003, consulté le 22 nov. 2017.

Noppen, Luc et Lucie K. Morisset (1998), Québec, de roc et de pierres. Québec, Commission de la capitale nationale de Québec et Éditions MultiMondes.

Patri-Arch (2012), Inventaire du patrimoine bâti des quartiers de Sainte-Foy, Sillery et Saint-Sacrement à Québec. Synthèse architecturale et patrimoniale. Étude réalisée dans le cadre de l’Entente de développement culturel intervenue entre le ministère de la Culture, des Communications et de la Condition féminine du Québec et la Ville de Québec (https://www.ville.quebec.qc.ca/apropos/participation-citoyenne/conseils_quartier/saintsacrement/Visualiser.ashx?id=1438).

Richard Leclerc (2013), « Le campus de l’Université Laval : lieu de modernisation d’une institution universitaire catholique et du Québec. » Études d’histoire religieuse 792 (2013) : 41–54. DOI : 10.7202/1018593ar (https://www.erudit.org/en/journals/ehr/2013-v79-n2-ehr0833/1018593ar.pdf).

Roy, Pierre-Georges (1932), Les rues de Québec. Lévis (http://www.ourroots.ca/page.aspx?id=692821&qryID=aeedae8b-8123-42e7-8de6-310735a4d8b9).

Vallières, Marc (2003), « L’enracinement dans la capitale et sa région », Cap-aux-Diamants, Numéro 72, hiver 2003. Les Éditions Cap-aux-Diamants inc., pp. 27-31. URI : id.erudit.org/iderudit/7426ac (https://www.erudit.org/en/journals/cd/2003-n72-cd1045251/7426ac.pdf).

Ville de Québec (1988), Montcalm Saint-Sacrement. Nature et architecture : complices dans la ville. Québec, Ville de Québec.

Université Laval (non daté), L’origine et histoire. Site officiel de l’Université Laval.  https://www.ulaval.ca/notre-universite/a-propos-de-lul/lorigine-et-lhistoire.html

Pour aller plus loin :

Dinel, G. (2003). « Au fil des événements : De petits pas vers une grande université ». Cap-aux-Diamants, (72), 82–90

Hamelin, Jean (1995), Histoire de l'Université Laval : les péripéties d'une idée. Sainte-Foy, Presses de l’université Laval (http://www.ourroots.ca/page.aspx?id=445790&qryID=d06343ba-42b7-45fe-a831-c305de18db9a).

Historica Canada (2103), article Université Laval; http://www.encyclopediecanadienne.ca/fr/article/universite-laval/

Vedettes, 1952. Le fait français au Canada , Première édition, Montréal, Société nouvelle de publicité, 1953, 717p., pp. 536-538

Références iconographie

Façade de l'école de Chimie, vers 1930, Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Fonds L'Action catholique, cote : P428,S3,SS1,D13,P11-3.  

Façade de l'école des Mines de l'Université Laval, 1941. Archives de la Ville de Québec; fonds de René Bureau; négatif : P050-4-N018982.  https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/recherche/archive.aspx?aid=28684

Façade arrière de l'école des Mines de l'Université Laval, 1942. Archives de la Ville de Québec; fonds René Bureau; négatif : P050-4-N018978.  https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/recherche/archive.aspx?aid=23845 

Local du sous-sol de l'école des Mines, 1952 ou 1953.  Archives de la Ville de Québec; Fonds de René Bureau; négatif :   P050-4-N018992.   https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/recherche/archive.aspx?aid=23650

Paroisse St-Sacrement. Québec. Quartier résidentiel [rue de Vimy], ca. 1940. Archives de la Ville de Québec; collection iconographique de la Ville de Québec; négatif CI-N010749.  https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/recherche/archive.aspx?aid=9667.

Vue aérienne de Saint-Sacrement, ca 1985. Archives de la Ville de Québec; fonds Ville de Québec; négatif Q-C5-IC-N029392.  https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/recherche/archive.aspx?aid=26780. Le campus de l’université Laval se devine dans la partie supérieure droite de la photo.

Vue aérienne du quartier Saint-Sacrement, 1948. Archives de la Ville de Québec; fond W. B. Edwards Inc.; négatif : P012-N023750.   https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/recherche/archive.aspx?aid=12046  Le campus de l’université Laval se devine dans le coin supérieur gauche de la photo.

Vue aérienne de la paroisse Saint-Sacrement, 1948. Archives de la Ville de Québec; fond W. B. Edwards Inc., négatif : P012-N023768. URL: https://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/archives/recherche/archive.aspx?aid=18400#. Il est étonnant de voir comment Québec, à cette époque pas si lointaine, était encore une vaste campagne.

Wikipédia (non daté), École normale Laval. Neuville Bazin - BAnQ, Fonds MCC, E6,S7,SS1,P15605. Si consulté en novembre 2017.

École normale Laval (1957), Relation des fêtes du centenaire de l'École normale Laval : 1857-1957.

Nouvelle école normale Laval. « Photo de la nouvelle école, sise sur le boulevard de l’Entente », page 68.

lundi 6 novembre 2017

La villa Rosewood


La villa Rosewood qui deviendra Le Petit Bellevue
Source:  Amicale Notre-Dame du Bon Conseil:  15ième anniversaire, 1929-1944
www.ourroots.ca

James Gibb, né en Écosse en 1799, arriva à Québec en 1814 et s'engagea  à titre de commis chez William Torrance, marchand de produits alimentaires et de boissons alcooliques, où il apprit les rudiments du commerce.  Il épousa d'ailleurs sa soeur, Marion Torrance, en 1822 et ensemble, ils eurent neuf enfants.  À la fin des années 1830, James Gibb était devenu un des plus importants marchands de Québec avec son frère Thomas.  En 1844, James Gibb vendit ses parts, quelques entreprises et plusieurs propriétés pour former une nouvelle compagnie avec son neveu, John Ross, où il travailla jusqu'à sa mort en 1858.  La Gibb and Ross était reconnue comme la plus importante firme importatrice de vins et denrées de Québec dans les années 1850.  Entretemps, James Gibb était devenu vice-président de la Banque de Québec en 1832 puis président de 1842 jusqu'à sa mort.

C'est en 1828 que James Gibb achète lors d'une vente après saisie un premier lot sur le chemin Sainte-Foy qui comprend une maison et des bâtiments de ferme.  Puis en 1831, il acquiert un deuxième lot à l'ouest du premier borné par l'actuelle avenue Madeleine-de-Verchères.  Finalement en 1845, il se porte acquéreur du troisième lot du côté sud lui permettant de relier sa propriété de chemin Sainte-Foy jusqu'au chemin Gomin.  Le domaine Bellevue était ainsi completé.

Lors du recensement de 1831, James Gibb habite son domaine.  Le recenseur note que quinze personnes habitent la maison dont deux enfants en bas âge.  Il note aussi que la superficie du domaine est de 132 acres dont 80 sont cultivées.


Source:  Bibliothèque et Archives Canada
.
Trois ans plus tard, en 1848, James Gibb échange son domaine du chemin Sainte-Foy à son frère Thomas contre la propriété Woodfield du chemin Saint-Louis.

Au recensement de 1851, effectivement c'est Thomas Gibb qui habite le domaine Bellevue avec sa femme et un jeune homme, James Lawson Gibb, âgé de 12 ans, possiblement son neveu.  Mais ce que le recenseur inscrit en complément sur le recensement est inédit.  Il décrit le domaine Bellevue tel qu'il le voit en 1851.


Source:  Bibliothèque et Archives Canada


Traduction libre:

Belvue. -  L'élégant domaine de Thomas Gibb Esqr. offre une vue spendide sur la vallée de la rivière Saint-Charles, au-delà de laquelle s'étend une plaine inhabitée jusqu'à la paroisse de Lorette,  Charlesbourg et  Beauport avec en arrière-plan les montagnes couvertes de pins exceptionnels à perte de vue.  -  La terre, sauf une très petite exception, est d'une excellente qualité et dans un état remarquable de culture.  


La serre est parmi les meilleures de la banlieue avec ses plantes rares, ses rosiers, ses arbustres fruitiers et ses fleurs.  Les avenues, clôtures, les maisons d'invités, les bâtiments de ferme défient toute concurrence.  Le fourage est d'une excellente qualité spécialement pour les moutons, les porcs et le bétail.  -   Il s'agit presque d'un parc à l'européenne, un domaine qui vous ramène en arrière et vous rappelle les paysages tellement différents des plaines du Canada!  -  En terminant, Monsieur Gibb est  un véritable gentleman et ses servantes et employés parlent de lui comme un homme charitable, gentil et bon maître.



En 1860, Thomas Gibb vend le domaine Bellevue à son neveu John Lawson Gibb.

Et finalement, le 15 septembre 1864, après que le domaine eut été mis en vente à l'encan, John Lawson Gibb le cède aux religieuses de la Congrégation Notre-Dame pour la somme de 5 000 livres soit l'équivalent de 20 000$ à l'époque.


The Quebec Mercury, 15 juin 1864
Avis public de vente à l'encan


Le domaine vendu s'étend du chemin Sainte-Foy jusqu'au chemin Gomin.  Il est borné à l'est par la terre de Nathaniel Taylor et à l'ouest par celle de William Hamilton.


Plan de Honorius Sisson Sitwell, vers 1867
Source:  BAnQ, cote Cote : P600,S4,SS2,D635,P12


On apprend dans cette publicité du Quebec Mercury que la villa est construite en pierres de taille, qu'il y a des maisons, également en pierres de taille pour les fermiers et les jardiniers, qu'il y a deux grands cottage de ferme et une glacière bien remplie.

On annonce également que seront vendues, dans la serre, une belle collection d'orangers, de camélias, d'acacias, de dahlias et de nombreux spécimens rares de plantes.

Voilà pourquoi sans doute la villa du domaine Bellevue portait le nom également de villa Rosewood !

Dans un article publié en 1858 dans la revue The Horticulturist and Journal of RuralArt et rural Taste, "A trip to Canada",  on dit du domaine Bellevue ce qui suit:

"Thomas Gibb, Esq., at Bellevue, occupies the place originally laid out by his brother James, and is in possession of a house with few compeers.  His garden is well taken care of, and eminently beautiful and successful, as are his graperies and green-houses, no less than his peach, nectarine and apricot house.  In describing the place, our kind cicerone might well say, « There is everything at Bellevue except dirt. »  The front view from the house is obstructed by shrubbery and trees, which if removed would add greatly to the effects.  Where lumber is so cheap as at Quebec, one need not wonder at the amount of outbuilding we find at all the first-class places.  They furnish sheltered occupation for the long winter months.  The best melons, conspicuous among which is the great Lisbon, and grapes were ripening under glass, the quantity of which is quite astonishing.  The drive of a mile or more into the grounds here, is through one of the best avenues in America.  It is planted with the native evergreens, white birch, mountain ash, and other good trees;  and the road being on excellent shale, it compares favorably with a noble drive in Europe.  We must not omit Mr. Gibb’s large collection of the choicest standard roses;  these are very superb and well-trained.  Many of the newer and rarer plants, described lately, are found here."


En 1912, la villa a été démolie.  Les pierres de taille de celle-ci ont servi aux fondations d'une nouvelle aile du collège Notre-Dame-de-Bellevue du côté ouest.  Ces pierres sont encore visibles.



1947
Source:  BAnQ, Fonds Canadian Pacific Air Lines Limited
Cote P690



1960
Travaux d'agrandissement du Collège Notre-Dame-de-Bellevue
Source:  Fonds W. B. Edwards inc.
Archives Ville de Québec cote P012-N023942




Recherche et rédaction:  Michel Jutras pour le Conseil de quartier Saint-Sacrement


Source:

Dictionnaire biographique du Canada, GIBB, JAMES, 1985, Pierre Poulin, http://www.biographi.ca/fr/bio/gibb_james_8F.html

125 ans d'histoire, le collège Notre-Dame-de-Bellevue, Yves Houde, Cap-aux-Diamants, vol. 4 no. 4, hiver 1990.





mercredi 4 octobre 2017

Le cottage Ross

Vous reconnaissez sans aucun doute cette petite maison du chemin Sainte-Foy à proximité de l'hôpital Jeffery-Hale.  Il s'agit du cottage Ross.  Voici son histoire.

Photo Michel Jutras 2016

"Le cottage Ross, qui était la maison du chauffeur du domaine Ross, a été construit en 1914 selon les plans des architectes Staveley et Staveley. Bien que fermé sur deux côtés par une clôture Frost, le cottage Ross, situé à l'extrémité du terrain de l'hôpital Jeffery Hale, témoigne éloquemment d'une époque dont il reste peu de traces. En effet, le cottage Ross est le seul témoin architectural de l'ancien domaine Holland ayant appartenu à la famille Ross à partir de 1885, jusqu'à son morcellement au milieu du 20e siècle. Pendant plusieurs générations, les membres de cette famille ont été de généreux bienfaiteurs de l'hôpital Jeffery Hale."      
Source:  Fiche Patrimoine urbain Ville de Québec

Rappelons que c'est en 1779 que Samuel Holland s'installa avec sa femme, Marie-Joseph Rollet, dans la maison qu'il avait acquise en 1767 des héritiers de Jacques de Lafontaine de Belcourt. Cette belle et grande maison sera connue rapidement comme la "Holland House".

À la mort de Samuel Holland, le domaine devint la propriété de ses héritiers légaux avant de passer successivement aux mains de William Wilson, George O'Kill Stuart et Robert Cassels.  Finalement c'est James Gibb Ross qui s'en porta acquéreur en 1885.  À son décès en 1888, c'est son frère Francis (Frank) Ross qui en hérita.

En 1909, Francis Ross procèdera à un agrandissement de la villa mais conservera le style initial de celle-ci et c’est en 1914 que la maison du chauffeur sera construite par l'entrepreneur Alex. Fackney selon les plans de Staveley & Staveley.  Elle portera d’abord le numéro civique 770 et à partir de 1956, le 1244 chemin Sainte-Foy.  


Détail d'un plan de 1923.  Insurance plan of the city of Quebec.
Underwriters' Survey Bureau, Source:  BAnQ, cote: P600, S4, SS1, D31


Cette petite maison de 28’ x 28’ en brique d’un étage et demi était destinée aux chauffeurs de la famille Ross, dont Thomas Tobin de 1922 à 1932 et James Fleming de 1932 à 1953, comme en témoignent les Annuaires Marcotte de Québec.  


Les annuaires Marcotte sont disponibles
sur le site de BAnQ

La maison du chauffeur servait également de porte d'entrée au domaine Holland qui, rappelons-le, s'étendait au nord, jusqu'au côteau Sainte-Geneviève.  Sa construction et son orientation avaient donc été prévues en conséquence.

À la mort de son père en 1915, Frank William Ross hérita du domaine.  En 1923, il engagera Edward Black Staveley pour concevoir les plans visant des rénovations importantes de sa résidence qu'il occupera jusqu'à sa mort en 1966.  La grande villa Holland et les autres bâtiments du domaine seront démolis en 1967 sauf la petite maison du chauffeur.  Voyons comment le dernier témoin de cette grande époque a pu être préservé toutes ces années.

« Le 21 septembre 1951, Frank W. Ross perpétue le mécénat entre sa famille et le Jeffery Hale’s Hospital en donnant un terrain ayant appartenu à son oncle James Gibb Ross et à son père Frank Ross.   Ce terrain est situé au coin de la côte Saint-Sacrement (aussi appelée  Bell's Hill) et du chemin Sainte-Foy.  Ce lot est vaste et laisse place à des agrandissements subséquents si nécessaire.  I1 émet cependant une condition à ce don, la province devra respecter sa promesse de donner 
1 400 000$ au Jeffery Hale's Hospital.  Les gouverneurs s'empressent de remercier le bienfaiteur pour son don généreux et d'appuyer sans réserve sa position face au gouvernement…  Le 1 novembre 1951 , les autorités du Jeffery Hale's Hospital et Frank W. Ross rendent officielle la cession du terrain en apposant leur signature au bas d’un acte notarié. »   

Source:  Centre hospitalier Jeffery Hale’s Hospital Center, 1865-1990, Alain Gelly, historien, 188 pages




Le cottage Ross deviendra donc la propriété du Jeffery Hale’s Hospital en même temps que la cession des terrains par Frank William Ross en 1951.  Le cottage semble avoir été inoccupé quelques années (1954-1956) mais à partir de 1957 il le sera à nouveau par des employés du Jeffery Hale's Hospital semble-t-il et ce, jusqu’en 1988.  À partir de 1988, différents organismes communautaires y installeront leurs bureaux dont la Fédération des organismes bénévoles d'aide et de soutien aux toxicomanes du Québec de 1988 à 2003 puis le Fraser Recovery Program de 2003 à 2013.


Source:  cartographie Ville de Québec


Implanté sur un terrain à haute valeur spéculative, l'avenir du cottage Ross était pour le moins incertain.  Heureusement, l'annonce à la fin juin 2017 par la Ville de Québec d'une entente avec l'actuel propriétaire du cottage et la SSQ, promoteur de la Cité verte, permettra de relocaliser cette petite maison patrimoniale et ce, à proximité de son emplacement actuel.  Il semble donc que la préservation et la sauvegarde du cottage Ross soient assurées.




Photo Michel Jutras 2016

Photo Michel Jutras 2016

Photo Michel Jutras 2016

Photo Michel Jutras 2016

Photo Michel Jutras 2016

Photo Michel Jutras 2016

Photo Michel Jutras 2016


Pour en savoir davantage sur les architectes Staveley & Staveley
Recherche et rédaction:  Michel Jutras pour le Conseil de quartier Saint-Sacrement


dimanche 2 avril 2017

La Cité-Parc


La Cité-parc, cela vous dit quelque chose?  Non?
La place Samuel-Holland?  Oui?
On parle de la même chose!

Dans l'article "Holland House", nous avons vu comment le grand domaine de Samuel Holland avait été occupé du milieu du 18e siècle jusqu'à la fin des années '60.   Après le décès de Frank William Ross en 1966, une grande partie du domaine fut vendue à Bolduc et associés inc. au prix de 500 000$ et les travaux de construction de la Cité-parc débutèrent au printemps 1970.  (La Presse, 27 juin 1970) 

L'architecte du projet de la Cité-parc, Daniel Lazosky, avait été choisi par le promoteur pour son audace et la modernité de son approche esthétique, fortement inspirée par l'architecture brutaliste. Daniel Lazosky avait à cette époque assuré la supervision et le design des phases I et II de la place du Portage à Gatineau issue du même courant architectural.

Le brutalisme désigne un style architectural issu du mouvement moderne, qui connaît une grande popularité entre les années 1950 et 1970 avant de décliner peu à peu, bien que divers architectes s'inspirent encore des principes de ce courant.  Il se distingue notamment par la répétition de certains éléments comme les fenêtres, ainsi que par l'absence d'ornements et le caractère "brut" du béton.  (Source:  Wikipedia)

Photographie 1975
Architecture Concept mai-juin 1975

Hélène Gosselin Geoffrion, dans un article de la revue Architecture Concept  (numéro 329 / mai-juin 1975), parle ainsi du projet de la Cité-parc Samuel-Holland:   "L'architecte a d'abord voulu, par ce projet en quatre phases, créer un milieu favorable à la communication entre les diverses fonctions de la vie urbaine, à savoir l'habitation, le travail, les loisirs et le social."

Au moment de publier cet article en juin 1975, les phases I et II de la Cité-parc ont été complétées et  les deux édifices comptent 390 appartements alors que les travaux de la phase III (hôtel et centre de congrès) sont commencés.  

"On a choisi, pour cet ensemble qualifié de "porte-étendard de cette jeune capitale" d'expression française, un hôtel qui serait le reflet de nos traditions et de notre culture québécoise:  la chaîne Méridien d'Air France s'implantera pour une deuxième fois en Amérique du Nord... L'hôtel, dont l'ouverture est prévue pour la fin de 1975, est une structure de 24 étages comprenant 306 chambres en plus d'un centre de congrès, de deux cinémas, de restaurants et d'un réseau de boutiques..."


Photographie 1975
Architecture Concept mai-juin 1975

"Pour reprendre les mots de l'architecte du projet, Daniel Lazosky: nous ne pouvons pas légiférer sur la culture; nous devons par ailleurs fournir une base à partir de laquelle la croissance se développera suivant ses propres termes à l'intérieur même de notre génération.  La Cité-Parc Samuel-Holland est un exemple intéressant d'une tentative d'application de cette philosophie."

Même si l'hôtel Méridien, finalement, n'a jamais vu le jour, le projet de Cité-Parc Samuel-Holland, avec ses appartements, ses bureaux et ses commerces, aura été un des premiers projets multifonctionnels du genre au Québec et une des premières expériences de densification sur le territoire de la ville de Québec.  


Les plans et maquettes...


Esquisse du projet par Daniel Lazosky, 1970
Archives Ville de Québec, cote Q-C1-14-N000153

Architecture Concept, mai 1975
Source:  BAnQ, 

Chambre de commerce française au Canada
Avril 1974
Source:  BAnQ
La construction...


Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D75-191
Photographe René Baillargeon, avril 1975

Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D75-191
Photographe René Baillargeon, avril 1975

Les appartements - modèles au design des années '70...


Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-290
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974


Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-290
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-290
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-289
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-289
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-290
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-289
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

Les espaces communs avec vue sur la ville...

Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-290
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-290
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-290
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

1974
Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-290
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

Les espaces communs de loisir et détente...

Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-289
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-289
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-289
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-289
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

Et une salle de lavage ultra moderne...

Source:  BAnQ, cote E10,S44,SS1,D74-289
Photographe Jean-Marie Villeneuve, juin 1974

Vue aérienne de la place Samuel-Holland...


1982
Source:  Archives Ville de Québec
Fonds W. B. Edwards inc. cote  P012-N025065



Recherche et rédaction:  Michel Jutras pour le Conseil de quartier Saint-Sacrement